Résumé
Je m’intéresse aux lieux qui proposent bien plus qu’un service : une expérience.
Dans cette démarche, j’ai échangé avec Mathieu Vernier, créateur du projet Erenvir, un bar à ambiance scénarisée autour du jeu de rôle, pensé pour rendre le jeu accessible à tous. Ouverture prochaine à Lyon !
Un projet construit sur plusieurs années, entre passion, contraintes et volonté de rendre le jeu accessible à tous.
Créer un lieu immersif ne se résume pas à une bonne idée. Entre modèle économique, contraintes et expérience à concevoir, les défis sont nombreux. Cet échange permet d’en découvrir les coulisses… et de comprendre comment le jeu peut devenir un véritable outil pour créer et structurer une expérience.
Au départ, c’était une simple discussion, mais très vite quelque chose résonne.
Lui crée un lieu, moi des sites et pourtant, on parle de la même chose : faire entrer dans un univers.
Car il y a des lieux où l’on vient consommer… et d’autres où l’on vient vivre quelque chose.
Et au fond, la question reste la même :
Comment donner envie d’y entrer, avant même d’y être ?
Un projet qui prend le temps de naître
Parfois, une idée met des années à trouver sa forme
Avant même de devenir concret, le projet Erenvir s’est construit sur plusieurs années, entre parcours professionnel et passion pour le jeu.
À 20 ans, je voulais déjà ouvrir un bar. J’ai grandi dans la restauration, donc c’était naturel. Mais j’ai aussi fait un
doctorat et 15 ans de recherche. En parallèle, ça fait plus de 20 ans que je pratique le jeu de rôle. C’est vraiment
une passion profonde, et pour moi c’est le jeu le plus complet : narration, interaction, stratégie, immersion…
À un moment, j’ai voulu créer une salle immersive. Et plutôt que de faire ça isolément, j’ai décidé de la rattacher à un modèle qui fonctionne déjà : un bar. L’idée, c’était de créer un lieu où on ne vient pas seulement boire un verre, mais vivre une expérience.
Une idée ancienne, enrichie avec le temps, qui finit par devenir un projet concret.
Logo amené à être modifié, le lieu n’étant plus axé sur le médiéval fantastique
Définir une ambiance
Image utilisée à titre illustratif
Créer un univers, pas juste un lieu
Ne pas dépendre d’un monde existant, mais inventer le sien
L’objectif n’est pas simplement d’ouvrir un bar.
L’idée est de créer un lieu scénarisé, basé sur un univers original, où le jeu de rôle devient central. Pas question ici de s’appuyer sur des licences existantes : tout est pensé pour être libre, modulable, évolutif.
Très vite, je me suis dit que je ne voulais pas dépendre d’une licence existante.
Déjà pour une question de coût : les royalties peuvent être importantes. Mais surtout pour une question de liberté. Si tu utilises un système déjà en place, tu es limité dans tes possibilités d’évolution.
Là, en créant mon propre univers et mon propre système de jeu, je peux tout adapter : le niveau de complexité, la narration, les mécaniques…
Et surtout, je peux construire quelque chose qui correspond exactement à l’expérience que je veux proposer.
Le vrai défi : rendre l’expérience accessible
Le jeu de rôle est puissant… mais il peut aussi impressionner
Un des grands défis du projet, c’est de lever les freins.
C’était un vrai sujet pour nous. Le jeu de rôle peut être perçu comme complexe, avec beaucoup de règles et tactique.
On a donc entièrement repensé le système. On est passé d’un modèle assez lourd, très inspiré de Donjons et Dragons, à quelque chose de beaucoup plus simple et narratif.
Aujourd’hui, tu peux créer ton personnage en une dizaine de minutes. Ensuite, il évolue naturellement en fonction de tes actions, de ce que tu fais dans le jeu.
L’idée, c’est que quelqu’un qui n’a jamais joué puisse entrer dans l’expérience sans stress, sans se dire qu’il faut apprendre un système compliqué.
Les contraintes invisibles
Derrière l’expérience, beaucoup de cadre
Quelles contraintes as-tu rencontrées ?
Il y a tout le cadre administratif, qui est assez lourd.
On est sur un établissement recevant du public, donc il faut respecter toutes les normes ERP : sécurité incendie, accessibilité, etc.
Par exemple, pour les normes PMR, il faut prévoir des toilettes adaptées, des largeurs de portes spécifiques…
Il y a aussi les échanges avec la mairie, le bailleur, la copropriété…
Et tout ça prend du temps. On nous annonçait parfois plusieurs mois de délai pour certaines validations.
On a réussi à trouver un fonds relativement accessible, mais en contrepartie, il y avait énormément de travaux à faire, notamment pour transformer le lieu en bar. On fait une grande partie nous-mêmes, en famille, pour limiter les coûts, mais certaines choses comme l’électricité ou la plomberie doivent être faites par des professionnels.
Et il y a aussi des coûts incompressibles, comme la licence 4.
Construire un modèle viable
Une expérience doit aussi fonctionner économiquement
Quelle a été la plus grande difficulté ?
Il y en a eu plusieurs, mais je dirais que le plus gros défi, ça a été le modèle économique. La salle immersive seule n’aurait pas été rentable. C’est pour ça qu’on s’appuie sur le bar, et que l’expérience vient en complément.
On se rend compte que proposer uniquement une expérience immersive, c’est compliqué à rentabiliser. Les prix montent vite, et ça limite l’accessibilité.
Donc il a fallu penser autrement : utiliser le bar comme base, et venir greffer l’expérience par-dessus.
Le jeu comme moteur d’expérience
On ne vient pas consommer, on vient vivre quelque chose
Dans ce projet, le jeu n’est pas un ajout. C’est le cœur.
Le jeu de rôle permet de créer une expérience unique : chaque participant devient acteur, construit son personnage, prend des décisions, vit une histoire.
Ce qui fait vraiment la différence, ce n’est pas seulement le décor ou le concept.
C’est le moment où les participants commencent à jouer, à interagir, à s’impliquer, le moment où les gens se lâchent.
Quand les barrières tombent, que les profils plus réservés prennent leur place, que le groupe fonctionne.
Le jeu devient alors un facilitateur. Le jeu permet de se dévoiler… sans être totalement soi.
Le jeu de rôle est central. C’est le jeu le plus complet : narration, interaction, immersion.
Une histoire, un lieu cohérent …
Image utilisée à titre illustratif
Construire un lieu cohérent
Tout doit fonctionner ensemble
On essaie de penser chaque élément comme une partie de l’expérience.
Le jeu, bien sûr, mais aussi l’ambiance, la décoration, la nourriture…
Tout doit aller dans le même sens.
L’idée, c’est que la personne ne sorte jamais vraiment de l’univers, même en commandant à manger ou en discutant.
Chaque élément participe à l’expérience globale.
Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est que l’univers n’est pas figé.
Il évolue avec les joueurs, avec leurs choix, leurs idées.
Un univers vit lorsqu’il est approprié.
C’est souvent cette cohérence globale qui fait la différence, plus que chaque élément pris séparément.
Qu’est-ce qui fait qu’un univers fonctionne vraiment ?
Un univers qui ne vous appartient plus vraiment
Pour moi, un univers fonctionne quand les gens se l’approprient.
Si tu restes trop rigide, trop attaché à ta vision initiale, ça ne prend pas.
Il faut accepter que les joueurs amènent leurs idées, leurs interprétations, leurs envies.
Plus il y a d’interactions, plus ça devient riche.
On est sur quelque chose de vivant, pas figé.
5 erreurs à éviter quand on crée un lieu immersif
- 1. Penser l’expérience sans penser le modèle économique
Une expérience seule ne suffit pas.
Elle doit s’intégrer dans un système viable. - 2. Rendre l’entrée trop complexe
Si le visiteur ne comprend pas rapidement, il n’entrera pas dans l’univers. - 3. Vouloir tout contrôler
Un univers trop rigide empêche l’appropriation.
Une expérience vit grâce à ceux qui la traversent. - 4. Sous-estimer les contraintes administratives
Normes, délais, validations…
Ces éléments peuvent ralentir (ou bloquer) un projet. - 5. Penser chaque élément séparément
Un lieu immersif ne repose pas sur un seul point fort.
C’est la cohérence globale qui crée l’expérience.
à suivre ...
Je suivrai avec attention l’évolution du projet Erenvir, notamment son ouverture et ses premiers mois, pour voir comment cet univers prendra vie et rencontrera son public.



