Résumé
Et si comprendre passait d’abord par vivre ?
C’est la question au cœur du travail de Muriel Pont, escape game creator, ou plutôt conceptrice de jeux pédagogiques.
Dans cette interview, elle partage les coulisses de sa méthode : transformer un sujet en expérience, engager plutôt qu’expliquer, et concevoir des dispositifs où chaque détail (scénario, interaction, immersion) sert un message.
Une démarche qui fait fortement écho à ma manière de concevoir un site : non pas comme un simple support visuel, mais comme une expérience à part entière, pensée pour être comprise, ressentie et parcourue.
Retrouvez son parcours et ses offres sur : https://murielpont.com
Comment tout a commencé
Du design de service aux expériences immersives, presque par hasard
On peut expliquer un concept, dérouler une démonstration, construire un argumentaire solide. Pourtant, il reste souvent un écart entre ce que l’on comprend intellectuellement… et ce que l’on intègre vraiment.
C’est précisément dans cet espace que s’inscrit le travail de Muriel Pont.
Issue du design de service, elle n’a pas commencé par vouloir créer des jeux. Ce qu’elle cherchait, à l’origine, c’était une manière plus juste de répondre à des problématiques concrètes, en lien avec des usages réels. Et puis, presque par hasard, elle découvre les premières expériences immersives.
Je ne voulais pas travailler en agence. Et je me suis retrouvée dans un escape game… puis à y travailler.
Très vite, une évidence s’impose : ce qui l’intéresse n’est pas tant le jeu en lui-même, mais ce qu’il permet.
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas juste faire jouer. C’est faire vivre quelque chose
Muriel Pont
Sensibiliser aux difficultés rencontrées par les personnes malentendantes
Du “jeu” à l’expérience
Un dispositif sur-mesure où narration, action et immersion ne font qu’un.
Le terme d’escape game est souvent utilisé pour parler de son travail. Mais elle-même le nuance rapidement.
Elle ne part jamais d’un format prédéfini.
Ce qui structure son travail repose sur un équilibre entre trois dimensions indissociables :
- le scénario, qui donne du sens à l’expérience
- le gameplay, qui engage l’action
- l’immersion, qui permet de ressentir
Modifier l’un impacte immédiatement les autres. Tout est lié.
En l’écoutant, je reconnais exactement ma manière de concevoir un site : comme une expérience globale, où rien n’est isolé.
Dans mon travail de webdesign, je ne pars jamais d’un “type de site” non plus. Je pars d’un univers, d’un message, d’une expérience à faire vivre.
Faire vivre pour faire comprendre
L’expérience remplace l’explication pour créer une compréhension immédiate.
Ce qui distingue profondément son approche, c’est l’importance donnée à la mise en situation. Plutôt qu’expliquer un sujet, elle cherche à le faire expérimenter. Elle évoque un projet autour de la surdité :
Par où commencer ?
Les contraintes guident la création et rendent l’expérience pertinente
Face à la richesse des possibilités, Muriel a une réponse très claire :
Une création à deux voix
Transformer une expertise en expérience sans jamais la dénaturer
Muriel ne crée jamais seule. Chaque projet est le fruit d’une collaboration étroite avec la personne ou la structure qui porte le sujet.
Le jeu n’est pas une solution magique
Sans fond solide, le ludique devient vite un piège
Muriel insiste sur un point essentiel : ajouter une couche ludique ne suffit pas.
Un mauvais jeu, ça ne marche pas. Et ça peut même desservir le message.
Un jeu mal pensé peut perdre les participants, créer de la confusion, donner une impression artificielle.
Le parallèle qu’elle propose est éclairant :
C’est comme l’humour. Si c’est drôle mais vide, ça ne reste pas. Si c’est profond mais ennuyeux, on décroche.
Tout repose sur un équilibre entre un message clair, une mécanique cohérente et une immersion crédible. Si l’un de ces éléments manque, l’expérience perd en impact.
Une approche engagée
Concevoir des expériences qui marquent, questionnent et transforment.
Aujourd’hui indépendante, Muriel a fait un choix clair : travailler sur des projets qui ont du sens.
Et finalement, c’est peut-être là que réside la vraie force de son approche : créer non pas seulement des expériences immersives… mais des expériences qui transforment.
5 points communs entre un bon jeu et un bon site
Ce que l’interview de Muriel m’a (re)confirmé.
- 1. On ne part jamais du format
Ni d’un « escape game », ni d’un « site vitrine ». On part d’une situation, d’un public, d’un message à faire vivre. Le contenant vient après. - 2. Les contraintes sont une chance
Budget, temps, contexte… ce sont elles qui cadrent, qui forcent à choisir, et finalement qui rendent l’expérience juste et cohérente. - 3. La matière vient toujours du client
On ne l’invente pas. On la révèle, on la structure, on la transforme. Le vrai travail, c’est la traduction. - 4. Ludique ne veut pas dire superficiel
Ajouter une couche de jeu ou d’esthétique ne suffit pas. Sans fond solide, la forme sonne creux. L’équilibre entre les deux fait toute la différence. - 5. Le sens naît après l’expérience
Dans un jeu, c’est le débrief. Dans un site, c’est ce que le visiteur emporte avec lui une fois la page fermée. Ce moment-là se prépare dès la conception.



